La lettre de Haxo qui démolit la légende

Publié le 6 Octobre 2025

On se représente souvent le général Nicolas Haxo, tué par les Vendéens le 20 mars 1794, comme un modèle de vertu.

Il n'en est pourtant pas moins vrai que ce général à fait partie du système d'extermination voulu par Turreau et validé par Carnot.

Quant au brûlement des moulins, il ne s'agit évidemment pas d'éliminer de potentiels "télégraphes" mais bien d'affamer la population. J'avais mis les choses au point sur l'état des communications dans la Revue du Souvenir Vendéen N° 306, Printemps 2024.

« Au quartier général des Blanches landes[1]

le 18 ventose l’an deuxième de la République française[2],

une & indivisible.

Haxo, Général de Brigade,

Au citoyen Turreau général en chef de l’armée de

l’ouest

Je n’ai pas fait comme tant d’autres, mon cher camarade, qui disent avoir parcouru tout le Bocage. Je suis venu où personne n’avoit encore mis le nez (Savary dit le pied) et j’ai trouvé le lièvre au gîte, parce que j’avais bonne envie de le trouver. Tu m’avais ordonné de me concerter avec Cordellier pour nos opérations ; il a disposé comme il l’a voulu de deux mille hommes de mes troupes et j’attends encore sa première lettre en réponse à celles que je lui ai écrites plusieurs fois ; j’ai rassemblé moins de deux mille hommes à Pallueau et avec eux j’en suis parti le 16. (Savary  écrit : je me suis dirigé vers la forêt des Gats). Dans cette journée j’ai tracé une route par l’incendie d’une trentaine de moulins. Le lendemain,  même cérémonie, mais tout en brulant et cheminant vers la foret des gars (des gâts), mes tirailleurs y ont fait lever le gibier, l’affaire s’est engagée et auroit été des plus complettes si ces gredins (Savary écrit : les rebelles) eussent voulu tenir encore quelques instans ; mais la charge vigoureuse des mes chasseurs a la tete de mon avant-garde les a bientôt décidé à la retraite. Une quarantaine au moins est restée sur le champ de bataille ; si j’avais eu en ce moment toute la cavalerie que tu me promets depuis si long tems charrette n’auroit plus aujourd’hui un seul cheval à (sa) suite. Dans le nombre des morts se trouvent trois chefs qui vouloient pratiquer leur retraite. L’un d’eux rattrapé par Chevreux capitaine des chasseurs lui a demandé comme grâce de l’achever d’un coup de pistolet, un autre se repentant sans doute de vie passée, disoit à un chasseur d’ordonnance tu ne me tuerois pas si tu me connaissais bien. Un de mes chasseurs d’ordonnance a eu le poignet percé d’une balle, un autre son cheval tué. L’un des mes adjoints, Lefaivre, a bien manqué (de) tomber entre leurs mains. Son cheval abbatu laissoit en leur pouvoir, mais il s’est contenté de laisser son habit et il m’a rejoint (Savary écrit : content d’abandonner son habit). Depuis trois jours je les pourchasse et je ne me serois pas encore arrêté si j’avois du pain que j’attends demain. Les renseignements  que j’ai pris m’annoncent qu’il traine  (Savary écrit : l’ennemi) dans sa suite quatre voitures de blessés. J’estime cette fameuse armée à 1200 hommes au plus qu’il faut aller dénicher dans les bois. La guerre continuelle que je fais aux moulins va leur ôter toute ressource dans ce pays.

Quant à la lenteur dont tu m’accuses, je t’observe que je ne la connus jamais ni en spéculation ni en pratique ; lorsqu’il s’agit de servir mon pays rien ne sauroit m’arrêter ; après quatre mois de séjour et d’activité dans la Vendée sans désamparer ; je t’avoue que j’étois loin de m’attendre à ce reproche ; mais sois tranquille, je suis sans rancune comme sans prétention et je n’en irai pas moins mon train.

Salut, amitié, fraternité

Le général de Brigade

Haxo 

J’oubliois de te dire que de mon côté la perte d’un homme et deux blessés et que depuis une dernière sortie de Machecoul j’ai au moins fait brulés cent vingt moulins »

Nous laissons le lecteur à ses réflexions devant cette dernière phrase...

RL

La mort de Haxo vue par Tom drake dans l'Album Vendéen en 1856 :

 

 

[1] AD85, 1 J 2134, provenant de la « Bibliotheca Lindesiana » (James Ludovic Lindsay). Publiée également par Savary, tome III, p. 281 et 282 dans une version largement tronquée. Le contenu de ce courrier semble n'avoir guère intéressé bon nombre d'historiens de notre époque qui l'ont éludé alors qu'elle démontre que le général Haxo n'était pas plus clément que les autres généraux et obéissait au plan général, exécuté par Turreau.

 Les Landes Blanches  sont connues pour ceux s’intéressent aux différents trésors de Charette, notamment ses armes.

[2] Le 8 mars 1794.

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